Voiture de fonction ou prime : qu’est-ce qui rapporte le plus au salarié ?
À la négociation d’embauche ou d’augmentation, la question revient souvent : vaut-il mieux demander une voiture de fonction ou une augmentation de salaire équivalente ? La réponse penche presque toujours du même côté, et pour une raison simple : l’avantage en nature (AEN) n’est imposé que sur une fraction de la valeur réelle du véhicule. Démonstration chiffrée.
L’essentiel en 3 points
- La voiture de fonction est imposée sur son avantage en nature, souvent bien inférieur à son coût réel d’usage.
- Financer soi-même la même voiture avec une prime suppose de la payer avec du net, après cotisations et impôt : c’est beaucoup plus cher.
- Résultat : à coût employeur donné, la voiture de fonction laisse presque toujours le salarié gagnant.
Les taux ci-dessous (cotisations salariales ≈ 22 %, patronales ≈ 42 %, impôt marginal 30 %) sont des ordres de grandeur destinés à illustrer le raisonnement. Vos taux réels dépendent de votre situation.
Le point clé : l’avantage en nature est une fraction de la valeur d’usage
Prenons une voiture de 30 000 € TTC, ≤ 5 ans, sans carburant. Son avantage en nature forfaitaire est de :
- 30 000 € × 15 % = 4 500 €/an réintégrés au brut, soit 375 €/mois.
Or le coût réel d’usage de cette voiture (amortissement, assurance, entretien) tourne facilement autour de 6 600 €/an (≈ 550 €/mois) si le salarié devait la financer lui-même. L’AEN (4 500 €) est donc inférieur à la valeur réelle du service rendu — et seul cet AEN est soumis à cotisations et impôt.
Option A — La voiture de fonction
Le salarié cotise et est imposé uniquement sur les 4 500 € d’AEN :
| Poste | Montant annuel |
|---|---|
| Cotisations salariales (≈ 22 % de 4 500 €) | ≈ 990 € |
| Impôt sur le revenu (30 % de 4 500 €) | ≈ 1 350 € |
| Coût net pour le salarié | ≈ 2 340 €/an (≈ 195 €/mois) |
Le salarié dispose donc d’une voiture qui vaut ≈ 6 600 €/an d’usage… pour un coût net d’environ 2 340 €/an.
Option B — La prime pour financer soi-même la voiture
Pour s’offrir la même voiture (6 600 €/an) avec son argent, le salarié doit disposer de 6 600 € nets d’impôt. En remontant la chaîne :
- Après impôt (30 %), il faut ≈ 6 600 € / 0,70 = 9 430 € de net imposable.
- Après cotisations salariales (22 %), il faut ≈ 9 430 € / 0,78 = ≈ 12 090 € de salaire brut.
Autrement dit, il faudrait une augmentation de ~12 090 € brut/an pour financer une voiture que l’entreprise fournit contre 4 500 € d’avantage imposable seulement.
Comparaison côté employeur
| Voiture de fonction | Augmentation équivalente | |
|---|---|---|
| Dépense directe | ≈ 6 600 € (coût réel du véhicule) | ≈ 12 090 € de brut |
| Cotisations patronales (≈ 42 %) | ≈ 1 890 € (sur l’AEN de 4 500 €) | ≈ 5 080 € (sur 12 090 €) |
| Coût total employeur | ≈ 8 490 €/an | ≈ 17 170 €/an |
La voiture de fonction coûte donc environ deux fois moins cher à l’employeur pour un service équivalent rendu au salarié. C’est un rare cas « gagnant-gagnant ».
Les limites à garder en tête
- La comparaison suppose que le salarié a réellement besoin d’une voiture ; s’il n’en veut pas, la prime en cash reste plus flexible.
- Une prime alimente le salaire de référence (retraite, indemnités) ; l’AEN aussi, mais sur une base plus faible.
- Le véhicule reste la propriété de l’employeur : pas de valeur de revente pour le salarié.
Questions fréquentes
Et pour un véhicule électrique ? L’écart se creuse encore en faveur de la voiture de fonction, grâce à l’abattement de 70 % sur l’AEN. Voir notre page véhicule électrique.
Comment estimer précisément mon avantage ? Chiffrez votre cas avec le simulateur d’avantage en nature voiture, puis comparez à l’augmentation qu’il vous faudrait.
Sources et références officielles
- Arrêté du 25 février 2025 relatif à l’évaluation des avantages en nature (Légifrance)
- Les avantages en nature — Urssaf.fr
- Avantages en nature, taux et barèmes — Urssaf.fr
- Avantages en nature — Bulletin officiel de la Sécurité sociale (BOSS)
Les taux de cotisations (≈ 22 % salariales, ≈ 42 % patronales) et le taux d’impôt (30 %) retenus dans les exemples sont des ordres de grandeur illustratifs ; vos taux réels dépendent de votre situation. Article informatif ; il ne se substitue pas à un conseil personnalisé.